Jours [et nuits] de cirque(s) – Speakeasy – The Rat Pack

Speakeasy est le second spectacle que j’ai pu voir dans le cadre du festival Jours [et nuits] de cirque(s).

Tous les ingrédients étaient réunis pour que ce spectacle me plaise et j’ai tout simplement adoré. Une ambiance rétro, de jolis costumes, une bande-son de Chinese Man et surtout du cirque !

Retour dans les années 30, en période de prohibition, un bar clandestin au dallage noir et blanc nous ouvre ses portes. Six protagonistes aux caractères bien trempés animent ce huis-clos.

Présentation des personnages, Speakeasy by The Rat Pack © Alice Martin

La Tenancière, une petite femme de poigne s’assure régulièrement que son revolver est bien en place sous une table. Elle veut garder la main sur son époux. Son homme, le Mafieux, a quelques comptes à régler, mais s’accorde un peu de temps pour admirer la Pin-up de passage dans ce bar. Celui-ci est accompagné de son Homme de Main, toujours prêt à agir. La Pin-up, elle, dont la robe rouge scintillante et les gants longs font penser à la tenue de scène de Jessica Rabbit, ne laisse personne insensible. Le Barman est le premier séduit, un brin maladroit mais fin acrobate, il est plutôt soumis aux autres personnages, il sert en priorité celui qui est le plus autoritaire. Enfin, le Malfrat complète le portrait de famille. Ils trempent dans une sombre affaire criminelle. Des coups de revolver éclatent, mais à qui profite le crime ? C’est ce que nous allons découvrir au cours du spectacle.

L’odeur enivrante du cigare s’imprègne peu à peu sous le chapiteau. Les volutes de fumée soulignent l’atmosphère pesante qui nous entraîne au beau milieu des jeux de pouvoir. Les expressions faciales et la gestuelle des personnages prennent des airs de cinéma muet. Chaque personnage est incarné, le travail des mimiques, des attitudes, des déplacements, contribuent à l’aspect théâtral. Tous ont une forte présence scénique.

Artistes de Speakeasy, The Rat Pack © The Rat Pack

Les relations entre les différents personnages sont obscures, elles se dessinent, pour mieux s’effriter ensuite. La rivalité entre les deux femmes éclate et nous fait profiter d’une performance au cerceau de la belle Pin-up. De son côté, la Pin-up quitte son déshabillé pour découvrir des dessous vintage avec porte-jarretelles afin de nous offrir une performance aérienne qui n’existe que dans l’imagination de notre Serveur rêveur. Ce Barman nous offre un panel de très belles acrobaties, souvent pour impressionner la belle Pin-up. Alors qu’une série de portés de main à main entre la Tenancière voltigeuse et son porteur de mari, le Mafieux nous donne le ton de leur relation. On ressent la tension entre eux, faite d’amour, violence et jalousie. Son mafieux d’époux croquerait bien la Pin-up et ferait bien la peau du Malfrat. Par instants, le duo Parrain et Pin-up se retrouve en arrière-plan apparaissant en ombres chinoises suggestives dans un halo lumineux. Le Malfrat quant à lui nous régale de ses performances au mât chinois. N’oublions pas l’Homme de Main, acrobate avec la roue Cyr qui se fait malmener par son patron et le Malfrat.

La Pin-up, le Barman & le Malfrat, Speakeasy by The Rat Pack © Lemineur P.
La Pin-up & le Parrain, The Rat Pack © Alice Martin

Certaines techniques cinématographiques ont inspiré les chorégraphies. Je pense notamment à la  séquence magnifique où l’on assiste à un enchaînement de figures de main à main, et soudain comme si l’on rembobinait l’extrait, le duo reprend toutes les figures en sens inverse pour arriver au point de départ. La chorégraphie est exigeante, rien n’est laissé au hasard. Le rythme est changeant, haletant pour pousser la tension à son paroxysme, parfois drôle et d’autres fois langoureux. La bande son trip-hop de Chinese Man est merveilleusement bien choisie et accompagne à la perfection l’atmosphère créée.

Les agrès sont parfaitement intégrés au décor et apparaissent au service de l’intrigue. Le mât chinois fusionne avec les premières et dernières marches d’un escalier en colimaçon. La roue Cyr, camouflée par des rideaux sert d’entrée des artistes.

Je n’ai pas saisi tous les détails du scénario mais cela n’a pas forcément d’importance. Les vestes se retournent notamment contre l’Homme de Main. Pour finir, la Pin-up a chanté Bang Bang, peut-être en clin d’œil à la bande originale du film Kill Bill de Quentin Tarentino. Le spectacle s’est conclu par une standing ovation du public.

C’était une très belle découverte ! The Rat Pack est une compagnie à suivre car cette première création est déjà une perle.

Artistes

Ann-Katrin Jornot – La Tenancière / Voltigeuse en Main à main

Andrea Catozzi – Le Serveur / Acrobate

Xavier Ortega-lavabre – Le Parrain / Porteur en Main à main

Clara Huet – La Pin-up / Aérialiste / Chanteuse

Guillaume Juncar – L’Homme de main / Roue Cyr

Vincent Maggioni – L’Homme sans loi / Mât chinois

Chorégraphe

Régis Truchy

Pour suivre les actualités de la compagnie : www.cietheratpack.wixsite.com

 

 

 

2 thoughts on “Jours [et nuits] de cirque(s) – Speakeasy – The Rat Pack

  1. J’ai adoré ce spectacle ! Le décor, la bande-son, l’aspect théâtral et chorégraphique, et bien sûr les numéros !
    À bientôt pour de nouvelles découvertes circassiennes !

    1. Je viens de lire ton article sur les trois spectacles que tu as vu lors du festival. C’est toujours difficile de se limiter à une sélection ! Les articles des blogs nous permettent d’avoir un petit aperçu de ceux que nous n’avons pas pu voir. Nous partageons le même avis sur le spectacle Speakeasy qui est une petite merveille. Tu m’as donné envie de découvrir Popcorn qui avait l’air très rafraîchissant. À bientôt avec plaisir pour des aventures circassiennes !

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