Les Carrés de soie Hermès

Le cirque est une source d’inspiration inépuisable. Régulièrement, la mode reprend à son compte certains éléments provenant de l’univers circassien. C’est notamment le cas de la maison Hermès. Trois modèles de ses célèbres carrés de soie sont parés de motifs issus du cirque. À plusieurs décennies d’intervalle, les illustrateurs Annie Faivre, Cathy Latham et Dimitri Rybaltchenko ont repris ce vocabulaire visuel et l’ont adapté aux carrés de soie. La thématique commune est interprétée différemment par chacun d’entre eux. Les visuels se déclinent dans de nombreux coloris. Chaque foulard est accompagné d’une petite notice explicative que je vous insère ci-dessous.

2017, Hermès Électrique, Carré en twill 100 % soie, roulotté à la main (90 x 90 cm), Coloris : blanc/beige/orange, Dessiné par Dimitri Rybaltchenko

 » Hermès, sous les feux de la rampe, s’amuse, détourne, brouille les pistes. Comme dans une ville en fête, comme sous un chapiteau de cirque, comme sur une affiche de comédie musicale de Broadway, son nom vibre en lettres de lumière ! Dans cette composition de Dimitri Rybaltchenko, les lettres se superposent comme des équilibristes, l’ambiance est électrique, énergique, dynamique : attention Mesdames, attention Messieurs, dans un instant, le spectacle commence ! L’électricité a changé le monde : de la foudre, son expression naturelle la plus spectaculaire, à la lampe à incandescence, qui a transfiguré la ville, elle métamorphose dans ce carré l’image de la maison.  »

Ce modèle est en vente actuellement sur le site internet de la Maison Hermès. La typographie rappelle celle des enseignes lumineuses que l’on voit à l’entrée du chapiteau et de la billetterie. Les lettres tiennent en équilibre les unes sur les autres. Cette forme de lettrage agrémentée d’ampoules est reconnaissable. Le sens de lecture perturbé, le regard se contorsionne afin de reconnaître les lettres composant le nom de la marque Hermès.

1972, Hermès Brandebourgs, Dessin de Cathy Latham

 » Un album de la collection Émile Hermès, consacré aux uniformes, insignes et accessoires militaires, est à l’origine de ce carré. Celui-ci décrit à merveille le raffinement de cette veste agrémentée de brandebourgs, ces galons de passementerie tournés en arabesques qui font de la tenue la plus simple un vêtement d’une richesse inouïe. Dessin de Cathy Latham  »

Le modèle Hermès Brandebourgs est très détaillé, les ombres mettent en valeur les volumes. Le costume représenté, à l’origine militaire est souvent utilisé dans le monde du cirque. Ce modèle de carré de soie n’est pas directement lié au cirque puisque le visuel fait référence au costume d’apparat  militaire, cependant, notre imaginaire fait facilement le lien. Monsieur Loyal, les garçons de piste, les placeurs et caissiers portent régulièrement des vestes d’inspiration Brandebourgs. Les fins tressages ponctués de petits boutons ronds créent un effet de relief. L’encadrement et les angles sont ornés de cordelettes formant des volutes.

1982, Hermès Circus, Dessin d’Annie Faivre

 » Monsieur Loyal, maître des pistes, n’a pas encore revêtu sa rutilante veste à brandebourgs. Bientôt, il présentera à grand renfort de trompettes et de cymbales les artistes et leurs numéros, et donnera sans doute la réplique au clown, toujours prompt à créer un joyeux désordre. Mais l’heure est à l’entrainement. Les étoiles du cirque, hommes et animaux s’appliquent à leur tâche. Lion et panthères s’exercent à marcher au rythme de l’orchestre sur une roue géante, les trapézistes s’apprêtent à s’élancer dans les airs, les tigres s’avancent sur d’énormes ballons et les équilibristes s’enroulent autour de leurs cerceaux. Au XVIIIème siècle, les spectacles équestres amorcent l’avènement du cirque que nous connaissons aujourd’hui. L’Anglais Philip Astley installe son manège dans le faubourg du Temple à Paris, et bientôt, les Franconi lui succèderont. Peu à peu, la place donnée aux chevaux s’amenuisera au profit des jongleurs, acrobates et autres clowns. À la fin du XIXème siècle, les ménageries apparaitront. Spectacle vivant, terriblement exigeant, le cirque a évolué au fil du temps. Foisonnement inventif, il pousse toujours plus loin l’art de mêler performances physiques et divertissement. Dessin d’Annie Faivre  »

Sur ce modèle Hermès Circus, nous retrouvons les costumes Brandebourgs placés dans les angles et reliés entre eux par une corde, ils délimitent la piste. La piste circulaire inscrite au cordage carré pourrait également être le chapiteau vu du dessous. Les artistes habitent ce décor, s’exercent à l’échelle, au trapèze et au cerceau aérien tandis que les fauves tiennent en équilibre sur des ballons géants. Quatre échelles se rejoignent au centre. La composition est faite d’éléments symétriques, elle s’anime grâce aux éléments centraux qui perturbent cette rigueur.

Hermès Électrique, Gavroche en twill 100 % soie (45 x 45 cm), Coloris : rouge/violet/bleu, Dessiné par Dimitri Rybaltchenko
1982, Hermès Circus, Dessin d’Annie Faivre

Pour ma part, j’ai une préférence pour le modèle Hermès Électrique.  Et vous ? Dites-moi en commentaire quel est votre modèle préféré.

Les anciens modèles ne sont plus disponibles sur le site Hermès. Je vais donc vous révéler mon petit secret pour obtenir ces beaux accessoires provenant d’anciennes collections. Je passe par le site internet Vestiaire Collective. Ce site propose à la vente des vêtements et accessoires de luxe d’occasion. Parfois, je me rends également sur le site Etsy. Je vous ai fait une sélection des modèles trouvés sur les deux sites :

Hermès Circus version rose n°1 / Hermès Circus version rose n°2 / Hermès Circus version bleue marine / Hermès Circus version noire / Hermès Circus version jaune / Hermès Circus version rouge / Hermès Brandebourgs version violette

Surprise – Cirque Bouglione

Flyer du Cirque Bouglione © Cirque Bouglione

On ne le présente plus, voici le célèbre cirque d’Hiver Bouglione ! Il parcourt de nouveau les routes depuis trois ans. Cette année, le spectacle Surprise est en tournée. Son chapiteau est installé sur l’esplanade du J4 à Marseille jusqu’au 19 novembre 2017. C’est avec grand plaisir que je me suis rendue sous le chapiteau pour la troisième année consécutive. Avant de pénétrer dans l’enceinte du cirque on longe le convoi rutilant. Un écran géant diffuse le teaser du spectacle. Lorsque l’on entre sous le chapiteau d’accueil, le sol est jonché de paillettes.

Totti © Alice Martin

J’avais déjà beaucoup entendu parler de Totti, véritable personnage, tout droit sorti d’un cartoon. Ce clown a une présence incroyable, une voix et une attitude Rock’n Roll. Un brin déjanté, il a un style bien à lui qui m’a beaucoup plu. Je ne suis pourtant pas toujours bon public lorsqu’il s’agit d’humour clownesque mais je me suis laissée emportée par son univers. Un regard malicieux accentué par le maquillage des sourcils et encadré par d’épaisses lunettes rondes, une chevelure brune gominée soulignée par une petite mèche blonde, des costumes hauts en couleur adaptés à chaque passage, avec Totti, rien n’est laissé au hasard. Ses interventions récurrentes au cours du spectacle, ponctuent avec dynamisme.

Ara bleu, cacatoès & ara rouge de Juan Gutierrez © Alice Martin

De nombreux numéros d’animaux sont au programme. La cavalerie de Sacha Houcke & Gaby Dew s’élance avec élégance. Les fauves de Tom Dieck Jr. nous impressionnent par leur puissance. Changement d’échelle avec les félins de Vlad Olandar. J’ai beaucoup aimé les choix esthétiques du numéro : des chats blancs angoras, un petit hôtel pour chats avec un sous-bassement de briques rouges et des costumes asymétriques, rouges et noirs pour Vladislav et son assistante. Les majestueux éléphants d’Elvis Errani nous surprennent par leur délicatesse. Les perroquets de Juan Gutierrez nous ravissent de leurs couleurs vives. Je retiens surtout le survol du public par les aras. Son costume bleu pailleté et agrémenté d’éléments rouges et verts rappelle le plumage de ses oiseaux.

Natalia & Sampion Bouglione © Alice Martin

Natalia et  Sampion Bouglione se rejoignent sur la piste pour offrir un numéro unique de sangles aériennes accompagnées au piano. Sampion délaisse ses balles l’espace d’un instant afin de nous offrir un duo onirique. Natalia apparaît enveloppée de brume. Elle s’élève seule dans les airs suivie par la mélodie au piano de Sampion. Le couple se retrouve sur le couvercle du piano avant de s’envoler pour une danse aérienne. Ils mêlent technique, fluidité, sensualité et poésie pour susciter des émotions. J’avais aimé les numéros qu’ils proposaient chacun de leur côté, j’ai donc eu beaucoup de plaisir à me laisser bercer par le numéro qu’ils ont créé ensemble.

Duo Human © Alice Martin

Le Duo Human m’a fait découvrir la roue allemande aérienne, une discipline que je ne connaissais pas et qui m’a séduite. La synchronisation de la gestuelle de ces deux artistes est admirable. Les figures effectuées en miroir l’une de l’autre sont belles à regarder.

Au sol, le Trio Olimpo’s pratique le main à main. On admire la puissance féline de ces trois acrobates. Pantalons blancs et torses nus, la sobriété du costume est au service de la performance. Le main à main est une discipline qui me plaît beaucoup, j’ai apprécié les figures de ce trio.

Le spectacle Surprise du Cirque Bouglione propose des numéros variés, on passe des animaux, aux performances au sol ou aériennes dans une ambiance joyeuse grâce au clown Totti. Laissez-vous surprendre par les artistes.

Retrouvez les informations sur la tournée sur le site internet du Cirque d’Hiver Bouglione

Le Fil sous la neige – Les Colporteurs

Le spectacle Le Fil sous la neige de la compagnie Les Colporteurs m’a été offert par mon amie à l’occasion de mon anniversaire. Nous avons découvert ensemble le premier spectacle de la saison à l’Académie Fratellini de Saint-Denis.

Tout d’abord nous avons été impressionnées par la beauté de la structure en bois brut qui accueille la piste de la compagnie. Le lieu conçu par Patrick Bouchain est déjà empli de magie. De lourds rideaux rouges s’ouvrent et dévoilent les parties hautes des gradins. Le rouge profond se retrouve également au sol de la piste circulaire délimitée par le tour de piste lumineux. Avant que le spectacle ne commence, nous avons eu le temps d’observer le dispositif multi-fils. Les câbles d’acier se croisent à différentes hauteurs. Aux extrémités des fils se trouvent de petites plateformes. La piste circulaire est adaptée à cette structure car les points de vue sont multiples.

Les deux fondateurs de la compagnie Agathe Olivier et Antoine Rigot reviennent à leurs premières amours à l’Académie Fratellini afin de fêter les 20 ans de la compagnie. Ils s’y sont rencontrés et y ont développé leur passion commune pour le funambulisme.

La voix enregistrée d’Antoine, introduit le spectacle en contant l’histoire de sa chute dans le sable après avoir été happé par une vague. Au sol, sur l’ombre d’un fil, Antoine poursuit l’équilibre. L’histoire intime de ce fildefériste qui suite à son accident doit renoncer à son art est à la fois tragique et inspirante. Il a su se réinventer et ne pas lâcher cette passion en continuant à vivre les sensations du fil par procuration. Il poursuit en privilégiant la mise en scène.

Nous pénétrons le rêve d’Antoine qui nous transporte à travers les sentiers aériens empreints de ses souvenirs. Son imaginaire foisonne d’un panel de sensations. Le premier tableau, une funambule prisonnière d’une chrysalide faite d’un bandage est maintenue par Agathe. Elle s’évade peu à peu en tournant sur elle-même jusqu’à la libération totale de ce cordon ombilical qui la maintenait et contraignait ses mouvements. On associe cette image à l’histoire d’Antoine : s’émanciper du corps entravé pour recouvrer la liberté.

Ensuite, les tableaux sur fils se succèdent, le lien entre eux n’est pas forcément évident. Chaque fil est un chemin, une possibilité. Les artistes s’accrochent, glissent, s’arrêtent, reculent, rebondissent, vacillent, s’allongent ou bien dansent. Le déséquilibre prévu a la part belle dans ce spectacle, il est notamment exploité par Florent Blondeau. Il a suffi d’un instant pour que l’un des acrobates chute, la ferveur du public l’encourage à retenter l’exploit. Nous avons en mémoire l’accident d’Antoine survenu dans un autre contexte. Au bout de plusieurs tentatives, le spectacle reprend et l’autre fildefériste qui exécutait le salto arrière en miroir l’enlace. On sent alors une grande complicité entre les funambules. Agathe couve du regard ses artistes et c’est l’esprit humain du cirque qui nous touche. Les fildeféristes s’observent, s’asseyent régulièrement en portant un regard bienveillant sur les autres. J’ai d’ailleurs été assez surprise de voir que les artistes communiquaient entre eux pendant la performance.

Sanja Kosonen © Les Colporteurs

Certaines belles images me restent en mémoire. Lorsque Agathe, élégante parcourt le fil avec ses escarpins corail à talons hauts. Nymphe à la chevelure rousse, Sanja Kosonen se propulse en l’air tout en projetant ses cheveux flamboyants. J’ai aimé observer les ombres portées danser au sol. J’ai imaginé sans mal la sensation des pieds nus sur le câble d’acier. Le rythme varie, une alternance entre fourmillement, tous les artistes s’animant en même temps sur les fils et de temps accordés à des solos ou des duos. Pour finir Agathe retrouve Antoine qui lui retire ses chaussons. Elle lui masse cuir chevelu avec ses pieds nus, lui transmet l’odeur du cuir dont elle est imprégnée, comme pour lui faire revivre ces sensations.

Agathe Olivier & Sanja Kosonen © Les Colporteurs

Je termine en partageant avec vous cette citation sélectionnée par Antoine, provenant de Neige, roman de Maxence Fermine. Cet écrit a été un point de départ, une inspiration pour ce spectacle.

« En vérité, le poète, le vrai poète, possède l’art du funambule. Écrire c’est avancer mot à mot sur un fil de beauté, le fil d’un poème, d’une œuvre, d’une histoire couchée sur papier de soie. Écrire c’est avancer pas à pas, page après page, sur le chemin du livre. Le plus difficile ce n’est pas de s’élever du sol et de tenir en équilibre, aidé du balancier de sa plume, sur le fil du langage. Ce n’est pas non plus d’aller tout droit, en une ligne continue parfois entrecoupé de vertiges aussi furtifs que la chute d’une virgule, ou l’obstacle d’un point. Non, le plus difficile pour le poète, c’est de rester continuellement sur ce fil qu’est l’écriture, de vivre chaque heure de sa vie à hauteur du rêve, de ne jamais redescendre, ne serait-ce qu’un instant, de la corde de son imaginaire. En vérité, le plus difficile, c’est de devenir funambule du verbe. »

 

Conception et mise en scène : Antoine Rigot assisté de Cécile Kohen
Fildeféristes : Florent Blondeau, Sanja Kosonen, Andreas Muntwyler, Agathe Olivier, Julien Posada, Molly Saudek, Ulla Tikka

Production/Diffusion : Sébastien Lhommeau
Production/Administration : Fanny Du Pasquier
Création musicale : Boris Boublil, Antonin Leymarie, Rémi Sciuto
Scénographie : Antoine Rigot
Design sonore : Stéphane Comon
Création lumière : Thomas Bourreau
Création costumes : Florie Bel
Construction : Patrick Vindimian, Sylvain Georget
Direction technique et régie plateau : Nicolas Legendre
Régie lumière : Thierry Azoulay ou Thomas Bourreau
Régie Son : Stéphane Mara

 

Pour suivre les actualités de la compagnie : www.lescolporteurs.com

Jours [et nuits] de cirque(s) – Speakeasy – The Rat Pack

Speakeasy est le second spectacle que j’ai pu voir dans le cadre du festival Jours [et nuits] de cirque(s).

Tous les ingrédients étaient réunis pour que ce spectacle me plaise et j’ai tout simplement adoré. Une ambiance rétro, de jolis costumes, une bande-son de Chinese Man et surtout du cirque !

Retour dans les années 30, en période de prohibition, un bar clandestin au dallage noir et blanc nous ouvre ses portes. Six protagonistes aux caractères bien trempés animent ce huis-clos.

Présentation des personnages, Speakeasy by The Rat Pack © Alice Martin

La Tenancière, une petite femme de poigne s’assure régulièrement que son revolver est bien en place sous une table. Elle veut garder la main sur son époux. Son homme, le Mafieux, a quelques comptes à régler, mais s’accorde un peu de temps pour admirer la Pin-up de passage dans ce bar. Celui-ci est accompagné de son Homme de Main, toujours prêt à agir. La Pin-up, elle, dont la robe rouge scintillante et les gants longs font penser à la tenue de scène de Jessica Rabbit, ne laisse personne insensible. Le Barman est le premier séduit, un brin maladroit mais fin acrobate, il est plutôt soumis aux autres personnages, il sert en priorité celui qui est le plus autoritaire. Enfin, le Malfrat complète le portrait de famille. Ils trempent dans une sombre affaire criminelle. Des coups de revolver éclatent, mais à qui profite le crime ? C’est ce que nous allons découvrir au cours du spectacle.

L’odeur enivrante du cigare s’imprègne peu à peu sous le chapiteau. Les volutes de fumée soulignent l’atmosphère pesante qui nous entraîne au beau milieu des jeux de pouvoir. Les expressions faciales et la gestuelle des personnages prennent des airs de cinéma muet. Chaque personnage est incarné, le travail des mimiques, des attitudes, des déplacements, contribuent à l’aspect théâtral. Tous ont une forte présence scénique.

Artistes de Speakeasy, The Rat Pack © The Rat Pack

Les relations entre les différents personnages sont obscures, elles se dessinent, pour mieux s’effriter ensuite. La rivalité entre les deux femmes éclate et nous fait profiter d’une performance au cerceau de la belle Pin-up. De son côté, la Pin-up quitte son déshabillé pour découvrir des dessous vintage avec porte-jarretelles afin de nous offrir une performance aérienne qui n’existe que dans l’imagination de notre Serveur rêveur. Ce Barman nous offre un panel de très belles acrobaties, souvent pour impressionner la belle Pin-up. Alors qu’une série de portés de main à main entre la Tenancière voltigeuse et son porteur de mari, le Mafieux nous donne le ton de leur relation. On ressent la tension entre eux, faite d’amour, violence et jalousie. Son mafieux d’époux croquerait bien la Pin-up et ferait bien la peau du Malfrat. Par instants, le duo Parrain et Pin-up se retrouve en arrière-plan apparaissant en ombres chinoises suggestives dans un halo lumineux. Le Malfrat quant à lui nous régale de ses performances au mât chinois. N’oublions pas l’Homme de Main, acrobate avec la roue Cyr qui se fait malmener par son patron et le Malfrat.

La Pin-up, le Barman & le Malfrat, Speakeasy by The Rat Pack © Lemineur P.
La Pin-up & le Parrain, The Rat Pack © Alice Martin

Certaines techniques cinématographiques ont inspiré les chorégraphies. Je pense notamment à la  séquence magnifique où l’on assiste à un enchaînement de figures de main à main, et soudain comme si l’on rembobinait l’extrait, le duo reprend toutes les figures en sens inverse pour arriver au point de départ. La chorégraphie est exigeante, rien n’est laissé au hasard. Le rythme est changeant, haletant pour pousser la tension à son paroxysme, parfois drôle et d’autres fois langoureux. La bande son trip-hop de Chinese Man est merveilleusement bien choisie et accompagne à la perfection l’atmosphère créée.

Les agrès sont parfaitement intégrés au décor et apparaissent au service de l’intrigue. Le mât chinois fusionne avec les premières et dernières marches d’un escalier en colimaçon. La roue Cyr, camouflée par des rideaux sert d’entrée des artistes.

Je n’ai pas saisi tous les détails du scénario mais cela n’a pas forcément d’importance. Les vestes se retournent notamment contre l’Homme de Main. Pour finir, la Pin-up a chanté Bang Bang, peut-être en clin d’œil à la bande originale du film Kill Bill de Quentin Tarentino. Le spectacle s’est conclu par une standing ovation du public.

C’était une très belle découverte ! The Rat Pack est une compagnie à suivre car cette première création est déjà une perle.

Artistes

Ann-Katrin Jornot – La Tenancière / Voltigeuse en Main à main

Andrea Catozzi – Le Serveur / Acrobate

Xavier Ortega-lavabre – Le Parrain / Porteur en Main à main

Clara Huet – La Pin-up / Aérialiste / Chanteuse

Guillaume Juncar – L’Homme de main / Roue Cyr

Vincent Maggioni – L’Homme sans loi / Mât chinois

Chorégraphe

Régis Truchy

Pour suivre les actualités de la compagnie : www.cietheratpack.wixsite.com

 

 

 

Jours [et nuits] de cirque(s) – Cabaret équestre

Peu de temps avant le lancement du festival Jours [et nuits] de cirque(s) du CIAM, j’ai remporté deux places pour assister au Cabaret équestre grâce au concours proposé sur le blog Un poisson nommé Marcel ! Un grand merci à Marion dont la plume se mue en écailles afin de nous plonger dans le tourbillon culturel de la région Aixoise et Marseillaise. Ravie de pouvoir découvrir le format cabaret du festival, je me suis rendue ce jeudi soir sur le domaine de la Molière. J’avais hâte de m’installer au cœur du chapiteau Magic Mirror monté pour l’occasion. Sans grande surprise, j’ai adoré le lieu avec son petit côté rétro, ses guirlandes lumineuses, ses suspensions à l’ancienne, ses vitraux, ses drapés rouges soulignés de franges or et ses alcôves.

Magic Mirror © Alice Martin

Lovés dans l’une des alcôves et intrigués par les voiles camouflant la piste, nous avons patiemment attendu le lancement du spectacle. La musique live débute et l’on aperçoit des silhouettes en transparence. Certains spectateurs trop impatients n’ont pas su résister à l’envie d’écarter les voiles pour entr’apercevoir les artistes prenant place. En musique, les voiles sont arrachés au fur et à mesure dévoilant la piste, les musiciens et les artistes. On réalise au cours du spectacle que les musiciens et la chanteuse permettent le tissage d’un fil conducteur entre les différents numéros.

Margo Darbois © Alice Martin

Margo Darbois évolue sur un fauteuil en fer forgé, support à ses cannes d’équilibre. La douceur de sa gestuelle est d’une grâce admirable. Elle a ensuite présenté un numéro de corde lisse.

Charlotte de la Bretèque © Alice Martin

Charlotte de la Bretèque maîtrise un agrès que je n’avais encore jamais vu, une barre sur laquelle de longues cordes sont suspendues. Les cordes forment un écran de lignes graphiques. Les mouvements de l’artiste font vibrer les cordes. Elle se déplace, glisse le long des câbles créant ainsi des formes géométriques.

Oleksandr Koblykov © Le Plus Grand Cabaret du Monde

Marin-jongleur, Oleksandr Koblykov dit Sacha, campe un personnage lunaire qui nous embarque dans son univers. Il jongle uniquement avec des balles blanches, qu’il glisse tour à tour dans son calot blanc. Une douce poésie semble figer le temps lors de l’envol de ses balles.

Domitil Aillot © Alice Martin

Changement de rythme avec Domitil Aillot au mât chinois. Sur la musique You know how I feel, l’artiste se recoiffe en haut du poteau comme si la discipline ne lui coûtait aucun effort. Il enchaîne les figures au mât avec fluidité. Jouant le séducteur, il a facilement emporté le public qui a été très réceptif à son numéro.

Émilie Jumeaux © Teaser Promo Émilie Jumeaux

Plus jeune je rêvais d’être écuyère ou trapéziste. Les passages équestres m’ont donc beaucoup impressionnée. De beaux spécimens, en robes blanches, noires, grises mouchetées, blanches tachetées de brun et brunes. Émilie Jumeaux, Clément Ferron & Alicia Dosogne bien que pratiquant la même discipline, ils proposent des passages équestres très différents. Émilie Jumeaux et Clément Ferron ont privilégié des interventions très dynamiques et acrobatiques, lorsque Alicia Dosogne a plutôt présenté des numéros centrés sur les équidés et leurs performances. On a pu voir un cheval faisant des claquettes.

L’alternance des numéros équestres et de cirque classique est entrecoupée par de petites saynètes qui facilitent les changements d’agrès en toute discrétion. J’ai notamment aimé l’idée de la parade de ballons-chevaux gonflés à l’hélium et reliés entre eux par un fil de nylon. Menés à la baguette par un maître écuyer portant le tricorne, les ballons-chevaux exécutent des sauts et forment un carrousel.

J’ai apprécié le panel d’artistes de talent et le format cabaret de ce festival. Je vous donne rendez-vous rapidement car dimanche je vais découvrir un autre spectacle dans le cadre du Festival Jours [et nuits] de cirque(s).

Cavaliers
Émilie Jumeaux
Clément Ferron
Alicia Dosogne

Artistes de cirque
Charlotte de la Bretèque – corde lisse
Oleksandr Koblykov dit Sacha – jongleur
Margo Darbois – équilibriste
Victor Rubilar – jongleur / performance avec ballons de foot
Domitil Aillot – mât chinois

Musiciens
Maryvette Lair – chanteuse
Jocelyn Moze – batteur
Feed – bassiste
Jean-François Prigent – guitariste

Mise en piste
Amélie Kourim
Davis Bogino

Pour consulter le programme du festival Jours [et nuits] de cirque(s) proposé par le CIAM : www.joursetnuitsdecirques.fr

Sirènes et Midi net – Cie XY

Le premier mercredi de chaque mois est le rendez-vous mensuel de Sirènes et Midi net.

Ce mercredi 3 mai, le public comme à son habitude crée une contre-forme à l’espace scénique. Cependant cette fois il n’y a aucun indice sur la performance à venir. Rapidement nous sommes invités à nous rassembler au cœur du parvis de l’Opéra de Marseille. Lorsque la sirène retentit, vingt acrobates apparaissent et se mêlent à la foule. Les artistes de la compagnie XY investissent pendant quinze minutes le parvis. Ils se rassemblent par petits groupes de trois ou quatre, identifiables à leurs silhouettes affutées vêtues de noir. Les portés effectués les font surgir de la marée humaine. Tout se passe au dessus de nos têtes. Les groupes s’animent en symétrie, se frayant un passage au milieu du public. Certaines personnes choisies parmi les spectateurs sont soulevées dans les airs. Les montées suivies par les descentes esquissent un rythme régulier à travers le silence. Tête à tête, équilibre, salto, chaque impulsion offre un nouveau spectacle. La sirène annonçant la fin du voyage dirige notre regard tout en haut d’un immeuble où l’on aperçoit un trio formant un porté.

 

 

Pour découvrir la Cie XY : www.ciexy.com

Pour consulter le programme de Sirènes et Midi net proposé par Lieux Publics : www.lieuxpublics.com

 

BIAC 2017 – La 7e Vague du Théâtre du Centaure

J’ai vu le spectacle La 7e vague dans le cadre de la Biennale des Arts du Cirque 2017. J’attendais cette soirée avec impatience, ayant déjà vu de nombreux extraits et photos des spectacles de la compagnie Théâtre du Centaure. J’avais donc beaucoup d’attentes en terme d’esthétisme et avais très envie d’être transportée par leur univers visuel. Par avance j’étais conquise.

Le centaure Solal incarné par Manolo & Toshiro (étalon lutsanien) ainsi que le centaure John Betrand Bossard & Akira (étalon lutsanien) sont des collègues traders. Leur relation est ambivalente car ils sont à la fois amis tout en cultivant une forme de rivalité. Tous deux n’ont pas tout à fait la même conception du business. L’un parie sur les valeurs à court terme lorsque le second prône les valeurs à long terme.

Le monde de la finance ne me passionne absolument pas, ce qui explique sans doute ma réticence quant au texte. Les dialogues me semblaient parasiter l’esthétique. Le débit soutenu est devenu une forme de brouhaha incessant. Je n’ai pas été convaincue par le jeu des traders qui était désincarné à mon sens. L’utilisation de certains gadgets technologiques tels que l’iPhone et le MacBook Pro ne me semblait pas nécessaire. La simple suggestion aurait pu suffire. La projection vidéo participe pleinement à la création de l’imaginaire financier. Tout au long du spectacle les deux centaures confrontent leurs visions.

Le terme de centaure désigne parfaitement la fusion entre l’homme et le cheval que les artistes nous donnent à voir. Le lien est sublime. On imagine sans mal les années de répétitions afin d’acquérir cette confiance mutuelle. Ils communiquent en une gestuelle presque imperceptible. C’est en cela que réside toute la beauté.

La bande sonore jouée en live par le compositeur et musicien Virgile Abela est ponctuée d’interventions enregistrées. L’ambiance musicale dans laquelle il nous plonge au début du spectacle m’a rappelé l’univers sonore de la série Twin Peaks de David Lynch. Le manège circulaire où les centaures évoluent est entouré de parois basses transparentes. La lumière joue un rôle essentiel dans la mise en valeur des êtres hybrides.

Je suis déçue de ne pas m’être laissée plus aller à la contemplation. J’ai tout de même apprécié les beaux tableaux présentés. Cela m’a laissée avec un avis partagé. Cependant, je suis certaine que la vision d’une autre de leurs créations suffirait à me séduire tout à fait.

 

Mise en scène : Camille Textes Camille & Manolo – Acteurs : Centaures Manolo & Toshiro (étalon lusitanien) Bertrand Bossard & Akira (étalon lusitanien) et Mahir Günşiray, acteur en vidéo – Composition et musique live : Virgile Abela – Création et régie lumière : Bertrand Blayo – Création vidéo : Camille et Jean-Christophe Aubert – Costumes : Les centaures sont habillés par Paul Smith, Création Clarisse Guichard – Fi Turin Création – Régie vidéo : Jean-Christophe Aubert – Régie générale : Sylvain Vassas Cherel – Soins des chevaux : Johanna Houé, Nell Marchand – Administration Production : Matthieu Paris, Charlotte Grünspan, Dominique Raybaud

Pour découvrir le Théâtre du Centaure : www.theatreducentaure.com

Pour consulter le programme de la BIAC 2017 : www.biennale-cirque.com

BIAC 2017 – Block by NoFit State & Motionhouse

Block est l’un des spectacles présentés ce week-end lors du lancement de la Biennale Internationale des Arts du Cirque. J’ai eu la chance de pouvoir rentrer au Petit Plateau de la Friche la Belle de Mai. J’étais l’une des dernières personnes de la file à recevoir un ticket. Petite note à moi-même pour l’année prochaine : venir plus tôt afin d’être certaine d’obtenir un billet.

Conçue pour être jouée en extérieur, cette pièce circassienne s’est très bien adaptée aux dimensions de la salle. Intriguée par la construction faite de blocs rectangulaires gris, j’ai été séduite par le minimalisme de la scénographie. La scène débute par l’apparition des artistes surgissant de la structure par mouvements saccadés. Ils se déplacent en pont, ce qui exacerbe l’aspect animal. La première vision qui me vient est la démarche mécanique des fourmis, accentuée par la bande-son électro. Des bruissements qui me font penser aux insectes. Les sept artistes se redressent et prennent conscience des uns et des autres, des relations se tissent alors. Deux femmes et cinq hommes évoluent au cœur des architectures éphémères. Ces êtres se croisent, interagissent et se séparent pour se retrouver en une danse acrobatique. Les modules redéfinissent sans cesse l’espace. Ces monolithes gris habitent le territoire. Tour à tour s’érigent des colonnes, une muraille, des ouvertures se créent, enfin une tour se dessine peu à peu. Les grands blocs à l’aspect bétonné se muent en jeu de construction qui permet une composition et déconstruction de la ville. Les corps des artistes s’agrippent, caressent, bousculent, portent, maintiennent les éléments.

 

Direction Artistique : Kevin Finnan – Direction Cirque : Paul Evans – Artistes : Àfrica Llorens Valls, Alasdair Steward, Andy Davies, Amer Fernandez, Daniel Connor, Lee Tinnion, Luka Owen – Création Costumes : Rhiannon Matthews et Rike Zollner – Scénographie : Deborah McShane – Composition : Sophy Smith – Régie de tournée : Tim Adam – Construction : Tarn Aitken – Production : Ali Williams – Production et Diffusion : Camille Beaumier et Jo Valentine

Pour découvrir NoFit State & Motionhouse : www.nofitstate.org/block

Pour consulter le programme de la BIAC 2017 : www.biennale-cirque.com

Festif – Cirque Bouglione

Je me suis rendue pour la seconde année consécutive sous le chapiteau du Cirque d’Hiver Bouglione afin d’assister au spectacle intitulé Festif. Dés l’entrée, nous sommes immergés dans l’ambiance du cirque, à la fois traditionnel par son histoire et teinté de touches contemporaines. En effet, il reste flambant neuf puisque c’est sa seconde tournée depuis son retour sur les routes de France. La caravane Café du Cirque nous plonge dans le passé de ce cirque illustre à travers les photographies. Au cœur du chapiteau, le décor est appréciable, les rivières de pampilles suspendues aux mâts changent de couleur au grès des atmosphères lumineuses.

Le soir où je suis allée voir le spectacle à Marseille, je n’ai pas revu Natalia Bouglione aux sangles aériennes mais j’avais eu la chance de voir son numéro l’année précédente.

L’année dernière, j’avais déjà eu un véritable coup de cœur pour le numéro de jonglage de Sampion Bouglione qui semble tout droit sorti d’un film en noir et blanc des années 40. Une belle performance rythmée par les cliquetis de la tap dance, et le rebond des balles sur le plancher. On remarque le système d’accrochage des balles sur les hanches de l’artiste qui ajoute un élément visuel au costume. Le jeu de lumières met en exergue l’artiste tout en créant une atmosphère intimiste. Il termine son numéro par un flip arrière exécuté pendant le jonglage, reprenant les balles au vol, où il en était avant cette figure acrobatique.

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Sampion Bouglione © Alice Martin

J’ai également apprécié le numéro de Max Weldy. Son dispositif ? Un trampoline, surmonté d’un plongeoir. Max Weldy campe le rôle d’un personnage burlesque. Ses mimiques comiques nous plongent dans une ambiance cartoon. Il maîtrise ses chutes à la perfection.

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Max Weldy © Alice Martin

Le duo de main à main des Frères Caveagna propose de belles figures, privilégiant la technique à la dimension artistique. J’ai un peu regretté le manque de transitions chorégraphiées entre les figures. Notons tout de même le panel impressionnant de portés acrobatiques proposés par ce duo. L’équilibriste et le porteur enchaînent des postures défiant les lois de la gravité.

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Les Frères Caveagna © Alice Martin

Le spectacle est ponctué d’interventions dansées par le ballet Salto Dancers.

Il faut également saluer le travail formidable de l’orchestre dirigé par Didier Melck car les musiciens jouent du début à la fin du spectacle, ce qui confère une certaine harmonie à l’ensemble des numéros.

Rendez-vous pris pour l’année prochaine !

Retrouvez les informations sur la tournée sur le site internet du Cirque d’Hiver Bouglione

Les Colporteurs au Fort Saint-Nicolas

Samedi 18 septembre 2016, le Fort Saint-Nicolas de Marseille a accueilli un duo de fil-de-féristes. Invités par le CIAM à l’occasion des Journées du Patrimoine, dans le cadre de Patrimoine en mouvement, Julia Figuière & Julien Posada de la compagnie Les Colporteurs ont bravé le mistral afin de nous offrir un aperçu de leur talent.  À cause du vent violent, ils n’ont pas pu présenter la forme initiale de leur spectacle Evohé. Ils ont tout de même souhaité improviser quelques enchaînements. Sans balancier, ils ont évolué sur six fils tendus. Nous avons eu la chance d’assister à un adage exécuté tout en légèreté dans un écrin de pierres. Ce spectacle hors-les-murs du CIAM, était programmé en avant-première du festival Jour et [nuits] de cirque(s).

Pour plus d’informations concernant le festival Jour et [nuits] de cirque(s) : www.joursetnuitsdecirque.fr

Pour découvrir Les Colporteurs : www.lescolporteurs.com